La Perse possède une longue tradition picturale, qui va des bas-reliefs achéménides (VIème au IVème siècle avant notre ère) jusqu'aux peintures murales - en très grande partie disparues - des palais sassanides (IIIème et VIIème siècle après Jésus Christ).
Apanage royal et princier, cet art va naturellement se perpétuer en milieu islamique, mais en se réfugiant dans un art du livre protégé des interdictions de la nouvelle religion (développement explicatif de ces interdits islamiques dans "La peinture persane"). L'art du livre était l'un des seuls modes d'expression possible, celui-ci ne s'offrant pas aux regards publics.
L'art pictural devait néanmoins répondre à une autre condition, l'absence de naturalisme, il ne cherche pas à décalquer le visible : les personnages sont dépourvus de modelés et d'individualisation marquée, l'espace est sans relief et sans ombres, les couleurs posées en aplat ignorent le clair-obscur et peuvent être irréelles (des arbres bleus, des rochers mauves, ...), la composition des scènes n'obéit pas à un réalisme dramatique ou psychologique.
|
| 
D'ailleurs, les auteurs illustrés par la peinture persane sont majoritairement des poètes mystiques dont les oeuvres (poèmes, romans versifiés) sont un tissage de symboles aux résonances à la fois initiatique, cosmologique et métaphysique ; chaque réalité humaine est perçue dans sa signification divine, spirituelle et initiatique. Les histoires d'amour, par exemple, symbolisent la relation complexe de l'âme à Dieu ; les scènes de chasse ont une signification à la fois royale, héroïque et chamanique ; le sultan entouré de sa cour est une image du maître spirituel et de ses disciples, ou de la Royauté divine entourée de ses saints ; les jeunes beautés manifestent des qualités divines, et les couples révèlent une bi-unité du Créateur.
Tout comme l'icone chrétienne, la peinture persane n'est pas de l'art pour l'art ou de l'esthétisme ; son langage relève d'un symbolisme et d'une tonalité contemplative.
Le peintre peut donner à son oeuvre une vibration et un équilibre qui refléteront adéquatement un état et une conscience spirituels. En cela, la peinture persane s'apparente à un art sacré, dont les principes de création permettent d'insuffler à l'image une spiritualité qui transcende la technique de l'artiste.
La peinture persane classique a pris son envol à la fin du XIIIème siècle. Diversifiée en écoles (Chiraz, Tabriz, Herat, Qazvin, Ispahan, ...) elle a bénéficié de peintres de génie, à la fois maîtres d'esthétique et de symbolisme : Djoyned (XIVème siècle), Behzâd (XV-XVIème siècle), Soltân Muhammad (XVIème siècle) pour ne citer que ceux-là.
Extraits de "La peinture persane ou La vision paradisiaque" de Patrick Ringgenberg
|
|
|